Lettre adressée à Nicolas Ungemuth : Le rock n’est pas une ruine

Réponse à l’article de Nicolas Ungemuth sur Lefigaro.fr : “Les papys font de la Résistance” 

A l’attention de M.Nicolas Ungemuth, rock critic de talent, briseur de rêves professionnel.

M.Ungemuth,

J’ai 20 ans, et je suis une grande passionnée de musique depuis disons 5 petites années. Ma principale motivation dans la vie est de devenir rock-critic. Votre chronique sur les Rolling Stones, « Les papy font de la résistance », publié la semaine dernière sur Le Figaro.fr m’a grandement interpellée… Si je suis d’accord sur le fait que les Rolling Stones devraient peut-être prendre leur retraite, il y a certains points de votre article sur lesquels j’aimerais vous contredire.

D’abord, je le répète : je partage votre opinion sur les « vieux rockeurs » qui persistent à jouer dans des stades, pour récolter un peu d’argent, et qui tuent un peu plus l’image du rock’n’roll, aujourd’hui poussiéreuse. Pourtant, je persiste à dire que le rock n’est ni un « vestige » ni un « musée ». Il vit encore autour de toute l’horreur commerciale qui nous entoure, il est un pied-de-nez à une société de standardisation où la musique n’exprime plus rien. Je pense que vous faites partie de ces gens que vous décrivez, vous espérez faire acte de subversion, non pas en allant voir les Rolling Stones en 2014, mais en blâmant les groupes comme eux, que vous avez tant aimé jadis. Bien entendu, vous avez toujours adoré provoquer sous une plume que j’admire et une syntaxe presque parfaite ; c’est votre signature en somme. Mais est-ce bien nécessaire de s’entêter à dire que le rock agonise, s’essouffle, meurt ? Et pourquoi ? Parce qu’il ne se vend plus ou ne passe plus à la radio ? Bonne nouvelle : le rock a changé mais il existe toujours ! On le voit sous une nouvelle forme, celle que vous ne verrez plus parce que vous avez été ébloui par l’ère musicale que vous avez connu à l’époque du punk, de Bowie, ou des Mods (ce qui se comprend à l’évidence…) ! On l’entend sur Internet, chez des petits groupes inconnus, souvent locaux (The Duc Factory, BRNS, Selenian par exemple). Le côté subversif auquel vous faites allusion tant de fois dans votre livre le Roman du Rock, il est dans tout ces petits groupes qui ont décidé de faire de la musique inspirée du passé, celle qu’ils aiment et qui leur ressemble.

Obsolete Radio, 29/10/2013 @ Le Grand Mix - Tourcoing

Obsolete Radio, 29/10/2013 @ Le Grand Mix – Tourcoing

Vous dites que le peuple a besoin de légende, voulez-vous dire vivante ? Une légende n’est-elle pas quelque chose de disparu et qui perdure avec le temps ? Oui, le rock que vous avez connu dans les années 60 ainsi que toute son idéologie s’est résolument volatilisé mais c’est avant tout une question de contexte ! Le rock d’aujourd’hui, moi, je le vois dans la cave d’un bar ou dans une petite salle de 200 personnes. Vous n’appréciez sûrement ni Arcade Fire, ni Daft Punk, tant mieux et je suis entièrement d’accord avec vous, il n’y a rien de rock’n’roll dans cette musique. Mais que faites-vous des valeurs montantes que sont The Strypes, Birth of Joy, The Temples ? A vos yeux, ils ne peuvent pas se comparer aux grandes figures du rock, mais pour nous, ils comptent. Nous, jeunes rockeurs débutants de notre ère, ne verrons jamais The Pixies dans leur folle jeunesse, ni The Jams ou The Sex Pistols dans leur cadre si particulier. Mais nous avons quand mêmes ces jeunes artistes, un peu undergrounds car peu connus, et ils ont l’énergie, la jeunesse que l’on cherche dans un concert de rock. Le problème n’est plus de savoir si on fera quelque chose de nouveau dans le rock, mais s’il vit toujours. Notre génération a encore besoin du rock, je refuse d’accepter qu’on le mette en vitrine, pour être observé comme une vieille relique. Je le vis, moi, le rock. Et je doute être la seule.

Comme les Rolling Stones, vous êtes d’une autre époque, celle de l’âge d’or du rock et cela doit sûrement vous manquez. Mais vous devez savoir qu’il y a des jeunes gens qui n’ont pas vécu cette période et qui se plaisent à redécouvrir les légendes, à jouer du rock comme leurs modèles : Led Zeppelin, The Kinks, Dr Feelgood, The Stooges, Black Sabbath (et j’en passe)… Des jeunes qui ne demandent rien d’autre que d’accomplir leur ambition et leurs rêves. Vous devez penser que je suis naïve, et que tout ceci n’est qu’un acte de désespoir. Celui de voir mourir les idoles du rock (et de ne pas avoir de travail plus tard). Ce n’est sans doute pas faux. Mais j’ai foi en la passion qui m’anime depuis les premiers albums que j’ai écoutés dans ma chambre, qui se sont révélés à moi comme une évidence : The Dark Side Of The Moon, Machine Head, Electric Ladyland... J’admire votre travail, j’admire votre savoir, j’admire votre plume. Mais vos chroniques, à défaut de m’encourager à me lancer dans le journalisme musical, auront le mérite de vouloir prouver aux personnes comme vous, désabusées et nostalgiques, que vous avez tort, que le rock est bien vivant, qu’il faut juste chercher un peu.

J.G.

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